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Cordyceps et dopage équin : le champignon est-il autorisé en compétition ?

27 juil.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 juil.

En résumé

Le cordyceps n'est, à ce jour, nommément interdit ni par la Fédération équestre internationale ni par les instances françaises — mais cela ne suffit pas à le déclarer « sûr » en compétition.

Il agit en effet sur deux leviers que l'antidopage surveille de près, l'oxygène et la testostérone : la question est donc parfaitement légitime.

Le fait que ce soit un produit naturel ne change rien au débat. De nombreuses plantes « naturelles » sont pourtant déjà interdites (harpagophytum, valériane, capsaïcine…).

La responsabilité est stricte : c'est le cavalier, l'entraîneur ou le propriétaire qui répond d'un contrôle positif. En cas de doute, on respecte un temps de retrait et on vérifie la liste en vigueur.

cordyceps bio cultivés en France par Villa Hélène
Une longue tradition de consommation humaine et un socle d'études croissant stimulent l'intérêt des propriétaires et des entraîneurs d'équidés pour le cordyceps.

Le cordyceps devient de plus en plus populaire dans le milieu équestre, pour accompagner les performances et la récupération des chevaux fortement sollicités. Et une question revient souvent chez les cavaliers de sport et les entraîneurs : peut-on donner du cordyceps à un cheval sans risquer un contrôle positif ? La réponse honnête n'est ni « oui » ni « non » — et surtout, elle n'est écrite nulle part de façon claire en français. Cet article n'a pas pour but de trancher à la place des instances, ce qu'aucun producteur ne peut faire sérieusement, mais de vous donner les meilleures pistes pour savoir comment agir avec votre cheval.


Pourquoi se demande-t-on si le cordyceps est dopant ?


Parce qu'il agit précisément là où l'antidopage regarde en premier. Le cordyceps n'est pas un champignon « détente » : c'est un ergogène, un soutien à l'effort. Et il touche les deux leviers les plus classiques du dopage.

Le premier est l'oxygène. C'est la réputation du cordyceps chez le sportif humain : plusieurs essais et revues récentes rapportent une amélioration de la consommation maximale d'oxygène et du temps jusqu'à épuisement après plusieurs semaines de prise. Or améliorer le transport et l'utilisation de l'oxygène, c'est exactement l'objectif du dopage sanguin et de l'EPO. Le cordyceps n'est pas de l'EPO — il n'en a ni la puissance ni le mécanisme — mais il travaille sur le même terrain physiologique, et c'est ce voisinage qui attire l'attention.

Le second levier est hormonal. Etudiée sur modèle animal, la cordycépine, l'un des composés du cordyceps, stimule la production de testostérone en activant la voie de la stéroïdogenèse. On est là dans le registre anabolisant — le second grand domaine que traquent les contrôles. Un composé qui agit à la fois sur l'oxygène et sur les androgènes se situe, mécaniquement, au carrefour des deux formes de dopage les plus surveillées.


À cela s'ajoute une histoire qui a durablement associé ce champignon au soupçon. Au début des années 1990, des coureuses de demi-fond chinoises battirent plusieurs records du monde, performances que leur entraîneur attribua en partie à un régime incluant le cordyceps — avant que ces résultats ne soient entachés de soupçons de dopage. Le rapprochement n'est donc pas forcément juste, mais voilà comment le cordyceps a fait son entrée sur la scène mondiale du sport avec la question du dopage déjà en arrière plan.

Rien de tout cela ne prouve qu'il soit interdit ; tout cela explique pourquoi la question mérite d'être posée sérieusement plutôt que balayée.


« Naturel » veut-il forcément dire « autorisé » en compétition ?


Non — et c'est le contresens le plus dangereux. L'intuition « c'est une plante, un champignon, donc c'est permis » est précisément celle qui fait tomber des cavaliers de bonne foi.

La réalité est que de nombreuses substances naturelles sont déjà classées comme prohibées en compétition équestre. Les listes des fédérations mentionnent, parmi les plantes, la valériane, le kava, la passiflore, la camomille, la verveine, l'arnica, la capsaïcine, la consoude, le houblon, la lavande, le pavot — ou encore l'harpagophytum, la griffe du diable. Ce dernier cas est éclairant : c'est un anti-inflammatoire végétal réputé, et il est interdit en courses hippiques françaises depuis 2008, au point que ses propres fournisseurs alertent les professionnels sur le risque de contrôle positif.

Autre enseignement, plus troublant encore : la capsaïcine, le principe piquant du piment, était considérée comme interdite bien avant qu'un test ne soit mis au point pour la détecter. Autrement dit, l'absence d'un nom sur une liste, ou l'absence de test disponible, ne signifie pas « autorisé » — cela peut seulement signifier « pas encore recherché ». C'est une nuance capitale pour le cordyceps.

Que disent vraiment les règlements ?


Ils sont plus stricts qu'on ne l'imagine, et ils reposent tous sur un même principe : au moment de la compétition, le cheval doit être « propre ».

Au niveau international, la Fédération équestre internationale (FEI) publie une liste des substances prohibées, mise à jour chaque année, qui distingue deux catégories : les substances bannies (aucun usage légitime chez le cheval de compétition) et les médications contrôlées (utiles en thérapeutique, mais interdites en compétition et soumises à un temps de retrait). Point décisif pour notre sujet : la FEI interdit expressément l'emploi de tout produit, y compris naturel ou à base de plantes, visant à modifier la performance d'un cheval de manière calmante ou énergisante. C'est cette clause « énergisante » — pensée pour les stimulants — sous laquelle un ergogène comme le cordyceps pourrait, en théorie, être considéré.

En France, la Fédération française d'équitation (FFE) définit le dopage comme l'administration, intentionnelle ou non, de toute substance de nature à accroître artificiellement les capacités physiques de l'animal. Le « ou non » est essentiel : l'intention n'entre pas en ligne de compte.

Et la responsabilité est stricte. Comme le rappelle l'IFCE, c'est l'entraîneur, en courses, ou le cavalier et le propriétaire, en sport, qui répondent de la présence d'une substance prohibée. Peu importe qu'elle provienne d'un médicament, d'un complément ou d'une contamination accidentelle : la présence suffit à constituer l'infraction. C'est à eux de tout mettre en œuvre pour que le cas ne se présente pas.


Le cordyceps figure-t-il sur une liste d'interdiction ?


À notre connaissance, et sur les listes actuellement consultables, le cordyceps n'est pas nommément désigné comme substance interdite, ni par la FEI, ni par les instances françaises. Il serait tentant d'en conclure qu'il est autorisé. Ce serait aller trop vite, pour trois raisons.

D'abord, parce que, on l'a vu avec la capsaïcine, ne pas être nommé n'équivaut pas à être autorisé. Les listes évoluent chaque année, et un composé peut être couvert par une catégorie générale — ici, la clause visant les produits à effet énergisant — sans y figurer sous son nom propre.

Ensuite, parce que le cordyceps agit sur des paramètres physiologiques (oxygénation, hormones) que les contrôles savent surveiller, y compris par des approches indirectes : Le Trot pratique par exemple un suivi longitudinal de certains chevaux, cherchant le retentissement d'une substance sur les paramètres biologiques plutôt que la molécule elle-même. Un effet mesurable sur la performance est précisément ce qui peut attirer l'attention.

Enfin, parce que le risque ne vient pas toujours du champignon lui-même. Il vient très souvent de ce qu'il y a autour.


Le vrai piège : la contamination du complément


C'est le point que l'on oublie le plus souvent, et c'est pourtant là que se jouent la plupart des contrôles positifs « inexplicables ». Un cheval peut être déclaré positif non à cause du principe actif recherché, mais à cause d'un contaminant présent dans un aliment ou un complément.

Les autorités françaises ont même un terme pour cela : les substances naturelles alimentaires prohibées. France Galop alerte explicitement que l'achat de compléments d'origine étrangère ou n'ayant pas fait l'objet de contrôles représente un risque de positivité. Les contaminants classiques sont bien identifiés : l'hordénine, un alcaloïde de l'orge germée proche de l'adrénaline ; l'atropine, issue de plantes de la famille de la belladone ; la caféine et la théobromine, par contamination croisée avec du cacao, du café ou du thé. Aucune de ces substances n'a de rapport avec le cordyceps — mais toutes peuvent se retrouver dans un complément mal maîtrisé et faire tomber un cavalier.

C'est ici que la qualité de fabrication cesse d'être un argument commercial pour devenir une question réglementaire. Un complément dont on ignore la composition exacte, la provenance et les conditions de production est un pari. La FFE le dit sans détour : aucune réglementation ne peut garantir à elle seule qu'un complément soit exempt de substances interdites — mais des cadres de bonnes pratiques existent pour en limiter le risque, comme la norme européenne NF EN 17444 relative à la prévention des substances dopantes dans les compléments destinés aux sportifs.

Concrètement, cela signifie qu'un extrait tracé, dont on connaît la matière première, le procédé et la composition, et qui fait l'objet d'analyses, offre une sécurité qu'un produit opaque ne pourra jamais donner. En tant que producteur-extracteur, c'est d'ailleurs la première raison pour laquelle nous analysons nos lots : savoir, précisément, ce qu'ils contiennent — et ce qu'ils ne contiennent pas.


Comment raisonner concrètement avant une compétition ?


La bonne démarche n'est pas de chercher une réponse définitive, qui n'existe pas, mais d'appliquer une méthode de prudence. Cinq réflexes la résument.

Vérifiez la liste en vigueur auprès de votre instance — FEI pour l'international, France Galop ou Le Trot en courses, FFE en sport. Ces listes changent chaque année.

Respectez un temps de retrait avant l'échéance. En cas de doute sur un complément, la logique de prudence consiste à l'arrêter suffisamment tôt pour qu'aucune trace ne subsiste le jour de la compétition.

Choisissez un produit à traçabilité contrôlée, dont la composition et la provenance sont connues, idéalement analysé et conforme à un cadre de bonnes pratiques anti-contamination. Fuyez les compléments à la composition floue ou importés au bout de chaînes opaques.

Déclarez et documentez ce que reçoit votre cheval, et conservez les informations sur les produits utilisés — c'est votre protection en cas de contrôle.

Enfin, parlez-en à votre vétérinaire, en particulier à un vétérinaire familier des règles de votre discipline. C'est lui, et non un fournisseur, qui est le bon interlocuteur pour arbitrer une situation précise.

En définitive, la question « le cordyceps est-il dopant ? » n'appelle pas un verdict définitif. Le champignon n'est pas nommément interdit à ce jour ; il n'en agit pas moins sur des leviers surveillés, dans un cadre où la moindre trace engage le cavalier, et où le vrai danger tient souvent à la qualité du produit plutôt qu'à la molécule. Bien informé, on ne se demande plus seulement si l'on a le droit — on sait comment s'en assurer. Choisir un cordyceps biologique cultivé et extrait en France.


Questions fréquentes


Le cordyceps peut-il faire réagir un contrôle antidopage équin ?

À ce jour, il n'est pas désigné nommément comme substance interdite sur les listes que nous avons consultées. Mais il agit sur des paramètres (oxygénation, hormones) que les contrôles savent surveiller, et un complément qui en contient peut par ailleurs être contaminé par d'autres substances prohibées. L'absence de nom sur une liste ne garantit donc pas l'absence de risque : la seule certitude vient de la vérification auprès de votre instance et du choix d'un produit tracé.


Combien de temps avant une épreuve faut-il arrêter un complément ?

Il n'existe pas de durée universelle : elle dépend de la substance, du produit et du métabolisme du cheval. La règle de prudence est d'arrêter suffisamment tôt pour qu'aucune trace ne subsiste le jour de la compétition, en ajoutant une marge de sécurité au « temps de détection » éventuellement publié. Votre vétérinaire est le mieux placé pour fixer ce délai.


Un complément « bio » ou « naturel » est-il forcément sans risque en compétition ?

Non. « Bio » et « naturel » qualifient le mode de production, pas la conformité antidopage. De nombreuses plantes naturelles sont interdites en compétition, et un produit naturel peut aussi être contaminé. Ces mentions ne remplacent jamais la vérification réglementaire.


La règle est-elle la même en course et en concours ?

Le principe — un cheval « propre » en compétition — est commun, mais les instances et les modalités diffèrent : France Galop et Le Trot pour les courses, FFE (et FEI à l'international) pour les sports équestres. Chacune publie ses propres règles et sa liste ; c'est celle de votre discipline qui fait foi.


Où consulter la liste officielle des substances interdites ?

Auprès de votre instance : la Fédération équestre internationale pour l'international, France Galop et Le Trot pour les courses, la Fédération française d'équitation pour le sport en France. L'IFCE met également à disposition des ressources pédagogiques sur la réglementation antidopage équine.


À propos de l'auteur


Paul de Vulpian est le fondateur de la Villa Hélène, où il cultive, transforme et extrait des champignons médicinaux biologiques en France. Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé et docteur, il a enseigné à l'université et en classes préparatoires scientifiques avant de mettre cette formation au service de l'analyse de la littérature scientifique sur les champignons médicinaux. Il transmet aujourd'hui par des webinaires et des formations professionnelles en mycologie, myciculture et mycothérapie.


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