Histoire de la mycothérapie : d'Ötzi aux réseaux sociaux, 5 300 ans de champignons médicinaux.
- 16 mai 2025
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Dernière mise à jour : il y a 2 heures
En résumé
La mycothérapie s'enracine dans 5 300 ans d'histoire... au moins — d'Ötzi dans les Alpes au Shennong Ben Cao Jing chinois, de la découverte de la pénicilline aux statines et à la ciclosporine. Les champignons ont révolutionné la médecine moderne au moins trois fois avant de devenir un sujet de santé naturelle.

La mycothérapie est à la mode, et l'on s'en réjouit ! Mais son spectaculaire essor ces dix dernières années ne doit pas occulter son histoire millénaire. Car oui, n’en déplaise aux médisants, la mycothérapie ne date pas d’Instagram ! Comme toutes les meilleures histoires, celle-ci commence il y a très, très longtemps et dans des lieux fort, fort lointains… Cet article retrace pour vous une brève histoire de la longue histoire des champignons médicinaux.
Aux origines de la mycothérapie
Les champignons furent, avec les plantes, les premiers médicaments à la portée de l’homme. Si leur usage remonte probablement avant les hommes eux-mêmes, la plus ancienne trace archéologique certaine de leur utilisation remonte à plus de 5300 ans. On la doit à Ötzi, une momie retrouvée en 1991 dans les glaces alpines, dans un état de conservation exceptionnel.

Parmi les rares objets qu’il portait sur lui, une petite sacoche contenait deux champignons : un amadouvier et un polypore du bouleau, soigneusement préparés, grattés, coupés et séchés pour une meilleure conservation. Le premier était certainement destiné à allumer son feu. Le second, en revanche, était selon toute vraisemblance un traitement anti-parasitaire et une réserve de pansements naturels. Cette hypothèse, émise à la lumière des connaissances actuelles sur le polypore du bouleau, est corroborée par le fait qu’Otzi hébergeait des œufs de parasites intestinaux et portait des traces de blessures.
L’histoire écrite de la mycothérapie, quant à elle, commence en Chine, vers le Ier siècle de notre ère, avec la rédaction du Shennong Ben Cao Jing, premier traité de pharmacopée chinoise. On y trouve mention du Lingzhi (nom chinois du Reishi), le fameux « champignon de l’immortalité », classé parmi les substances supérieures, et réputé prolonger la vie sans effets secondaires : " Le Lingzhi a une saveur amère et une nature neutre. Il traite les masses dans la poitrine, renforce l'énergie du cœur, tonifie le centre, augmente la sagesse, améliore la mémoire. Une consommation prolongée allège le corps, prévient le vieillissement et prolonge la vie jusqu'à atteindre l'état d'immortalité "

Anecdote : Considéré comme un cadeau rare de la nature, le reishi était autrefois réservé à l’empereur et à l’élite taoïste. Le même traitement fut plus tard réservé au cordyceps.
Comment la mycothérapie a révolutionné la médecine moderne… plusieurs fois !
Pilier essentiel de la médecine chinoise depuis plus de 2000 ans mais plus discrète en Europe, la mycothérapie fait un retour fracassant sur le devant de la scène occidentale en 1928, avec la découverte de la pénicilline. Fortuite et rocambolesque, cette découverte allait pourtant propulser la médecine moderne dans une nouvelle ère et sauver, selon les estimations, entre 200 et 500 millions de vies humaines !

Anecdote : En 1943, des scientifiques travaillant au Northern Regional Research Laboratory de Peoria, dans l’Illinois, ont lancé une campagne étonnante : ils ont demandé à la population locale de leur apporter des fruits moisis pour trouver des souches plus productives du champignon Penicillium notatum. Et c’est sur un melon pourri acheté sur le marché qu’ils ont trouvé une souche de pénicilline exceptionnellement productive. Elle a été baptisée NRRL 1951.
La pénicilline, on le comprend, éveille l’intérêt des chercheurs du monde entier sur les effets de certains champignons sur la santé humaine. Et à peine 40 ans plus tard, la mycothérapie ouvre la voie d’une autre révolution médicale majeure : la greffe d’organes.
Dans les années 1970, alors que le phénomène de rejets limitait considérablement la survie des patients greffés, un groupe de chercheurs suisses découvre la ciclosporine, une molécule produite par un champignon répondant au doux nom de Tolypocladium inflatum. Cette substance inhibe radicalement la réaction immunitaire des patients, en bloquant l’activation des lymphocytes T.
Essayée pour la première fois dans les années 80 pour une greffe de rein, les résultats furent si impressionnants qu’elle a été largement adoptée dans le monde entier et sauve, aujourd’hui encore, des milliers de patients chaque année. On l’a ensuite utilisée contre des maladies auto-immunes, comme la polyarthrite rhumatoïde ou le psoriasis, permettant à des millions de patients de retrouver une meilleure qualité de vie.
Une dernière pour la route ? Dans les années 1970, au Japon cette fois-ci, des chercheurs isolent une métabolite d’Aspergillus terreus, la statine, et découvrent son potentiel dans le traitement du cholestérol et des maladies cardiovasculaires. Prise par 150 millions de personnes à travers le monde chaque année, les statines sont l’un des médicaments les plus largement utilisés : elles sont aujourd'hui prescrites à 35% de la population américaine adulte !

On pourrait continuer la liste, aussi impressionnante que méconnue, des apports de la mycothérapie à la qualité de vie de millions de patients, mais la conclusion resterait la même : les champignons ont révolutionné plusieurs fois la médecine moderne avant même que le grand public commence à s'y intéresser.
La mode des champignons médicinaux : reishi, lion’s mane, cordyceps, chaga, shiitake, etc…
Depuis les années 1990-2000, la mycothérapie a pris un nouveau tournant… à 180 degrés. Les reishis, lion’s mane, shiitakes, cordyceps et autres maitakés, célébrés depuis des millénaires par la médecine traditionnelle chinoise, font leur grand retour sur le devant de la scène. Passant par les Etats-Unis, la vague a gagné l’Europe cette dernière décennie et continue de croître d’année en année de manière impressionnante.
Bien sûr, comme avec tout effet de mode et plus encore depuis l’avènement des réseaux sociaux, l’augmentation de la demande entraîne son lot de mauvaises pratiques, de fraudes, d’opportunistes, de mensonges marketing. A tel point qu’il devient difficile de savoir à quel saint se vouer et qu’un scepticisme bien compréhensible commence déjà à émerger.
Anecdote : certaines études ont montré que de nombreux compléments alimentaires à base de champignons médicinaux... ne contenaient tout simplement pas de champignons !

Cette crise de confiance précoce est d’autant plus regrettable que la recherche médicale se penche de plus en plus sur ces mêmes champignons, avec un certain succès. Certes, il reste encore bien des choses à découvrir et à comprendre, mais les résultats sont prometteurs et valident de nombreuses allégations ancestrales : oui, certains champignons ont un effet important sur l’immunité, l’inflammation, l’oxydation cellulaire, le système hormonal, la neurogénèse, le microbiote, et d’autres mécanismes profonds à la base de la santé humaine. En agissant à un niveau si fondamental, ils permettent de traiter, seul ou en complément avec d’autres approches médicales ou naturelles, une quantité impressionnante de maux et de symptômes.
La mycothérapie : la santé naturelle de demain ?
Il y a encore beaucoup de chemin à faire pour accueillir la mycothérapie dans notre quotidien. Alors qu'en Asie certains champignons ont intégré des protocoles médicaux de pointe contre le cancer, l'Europe les relègue encore au rang des compléments alimentaires, sans allégation médicale autorisée. Le Cordyceps militaris ou le Coriolus versicolor, pourtant consommés avec profit depuis des siècles, y sont même interdits à la vente !
D'un point de vue commercial, la mycothérapie, comme la phytothérapie a dû le faire avant elle, va devoir affronter dans les années à venir le prochain tournant de son histoire. Trois pistes d'évolution se dessinent aujourd'hui :
devenir l'affaire de gros laboratoires, surmontant peu à peu leur distance vis à vis des molécules naturelles et des difficultés de standardisation liés aux modes de culture des champignons médicinaux.
se diluer dans une myriade d'offres anonymes et plus ou moins qualitatives sur internet.
devenir l'affaire de producteurs locaux, à taille humaine, maitrisant leur produit du mycélium jusqu'à l'extrait final.
Comme toujours, le choix est entre les mains du consommateur !
Références & sources
Ötzi et le polypore du bouleau :
Grienke U, Zöll M, Peintner U, Rollinger JM. "Fomitopsis betulina (formerly Piptoporus betulinus): the Iceman's polypore fungus with modern biotechnological potential." World Journal of Microbiology and Biotechnology, 33(4):83, 2017. Revue des propriétés pharmacologiques du polypore du bouleau porté par Ötzi il y a 5 300 ans — antiparasitaire, anti-inflammatoire, antibactérien. Confirmation que l'usage médicinal des champignons sur le territoire européen précède l'écriture de plusieurs millénaires. → PubMed : 28378220
Pénicilline — découverte et impact :
Fleming A. "On the antibacterial action of cultures of a Penicillium, with special reference to their use in the isolation of B. influenzae." British Journal of Experimental Pathology, 10(3):226-236, 1929. Article fondateur d'Alexander Fleming décrivant la découverte de l'activité antibactérienne de Penicillium notatum — le point de départ de l'ère des antibiotiques. → PMC : PMC2048009
Ciclosporine — révolution de la transplantation :
Borel JF, Feurer C, Gubler HU, Stähelin H. "Biological effects of cyclosporin A: a new antilymphocytic agent." Agents and Actions, 6(4):468-475, 1976. Première description des effets immunosuppresseurs de la ciclosporine, isolée du champignon Tolypocladium inflatum — la molécule qui a rendu les greffes d'organes viables à grande échelle. → PubMed : 970282
Statines — du champignon au médicament le plus prescrit :
Endo A. "A historical perspective on the discovery of statins." Proceedings of the Japan Academy, Series B, 86(5):484-493, 2010. Récit par le découvreur lui-même de l'isolement de la mévastatine à partir d'Aspergillus terreus dans les années 1970, et de la naissance de la classe thérapeutique des statines — aujourd'hui prescrites à plus de 150 millions de personnes par an. → PMC : PMC3108295
PSK du coriolus — premier composé fongique approuvé en oncologie :
Fritz H et al. "Polysaccharide K and Coriolus versicolor Extracts for Lung Cancer: A Systematic Review." Integrative Cancer Therapies, 14(3):201-211, 2015. Revue systématique documentant l'utilisation hospitalière du PSK au Japon depuis 1980 — le seul composé fongique au monde approuvé comme adjuvant en chimiothérapie dans un pays développé. → PubMed : 25784670
Questions fréquentes sur l'histoire de la mycothérapie
Depuis quand utilise-t-on les champignons à des fins médicinales ?
La plus ancienne trace archéologique certaine remonte à 5 300 ans. Ötzi, une momie retrouvée dans les Alpes en 1991, portait sur lui du polypore du bouleau (Fomitopsis betulina) — probablement utilisé comme antiparasitaire intestinal. La première mention écrite date du Ier siècle de notre ère, dans le Shennong Ben Cao Jing, premier traité de pharmacopée chinoise, qui classe le reishi (Lingzhi) parmi les substances supérieures.
Quels médicaments modernes sont issus de champignons ?
Au moins trois révolutions médicales majeures viennent des champignons. La pénicilline (Penicillium notatum, 1928), qui a sauvé entre 200 et 500 millions de vies. La ciclosporine (Tolypocladium inflatum, années 1970), qui a rendu les greffes d'organes possibles en bloquant le rejet immunitaire. Et les statines (Aspergillus terreus, années 1970), prescrites à 150 millions de personnes par an pour le cholestérol. Sans compter le PSK du coriolus, approuvé au Japon comme adjuvant en chimiothérapie depuis 1980.
La mycothérapie est-elle une invention récente ?
Non. L'essor commercial des champignons médicinaux (reishi, lion's mane, cordyceps, chaga) date des années 2000-2010, amplifié par les réseaux sociaux. Mais la discipline elle-même est plurimillénaire — la médecine traditionnelle chinoise utilise le reishi et le shiitake depuis plus de 2 000 ans, la médecine populaire russe utilise le chaga depuis le XVIe siècle, et la médecine traditionnelle japonaise a intégré le maitake et le shiitake depuis des siècles.
Pourquoi la mycothérapie revient-elle sur le devant de la scène aujourd'hui ?
Trois facteurs convergent. La recherche scientifique moderne valide progressivement des usages empiriques millénaires — immunomodulation, neuroplasticité, modulation du microbiote. Les limites de certains traitements conventionnels au long cours (anti-inflammatoires, somnifères) poussent patients et praticiens vers des alternatives compatibles avec la durée. Et la demande croissante des consommateurs pour des approches naturelles et traçables — même si cette demande a aussi engendré son lot de marketing trompeur et de produits de qualité variable.





convaicue de son efficacité, je commande du shiitake...je témoignerai dans quelques mois...