top of page

Pourquoi la double extraction est-elle essentielle pour les champignons médicinaux ?

  • 19 mai
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 19 mai

En résumé


Les champignons médicinaux contiennent deux grandes familles de composés actifs : les polysaccharides (solubles dans l'eau) et les triterpènes (solubles dans l'alcool). 

Une extraction simple ne récupère donc qu'une partie du spectre. La double extraction, qui combine une phase aqueuse et une phase alcoolique, est le seul procédé qui restitue l'ensemble du profil actif d'un champignon.

Cette démarche est particulièrement importante pour certains champignons, comme le lion’s mane ou le reishi, dont les deux phases contiennent des molécules très spécifiques, aux effets fondamentalement différents. Elle permet de respecter un concept central en phytothérapie : le totum.


Pourquoi les champignons médicinaux doivent-ils subir une extraction ?


La raison même de l’extraction est une question souvent posée, que le marché de la mycothérapie lui-même n’a pas encore tranchée de manière définitive : on trouve encore, aujourd’hui, de simples poudres de champignons médicinaux séchés, à consommer directement. 

Tout pousse pourtant à croire qu’elles sont moins pertinentes qu’un extrait.


La chitine : pourquoi nous ne pouvons pas digérer les champignons ?


La raison tient en un mot : la chitine. La paroi cellulaire des champignons n'est pas faite de cellulose comme celle des plantes, mais de chitine — le même polymère que la carapace des insectes. Notre système digestif ne la dégrade que très partiellement.

Résultat : une grande partie des composés actifs emprisonnés dans les cellules du champignon traverse le tube digestif sans jamais être libérée.

L'extraction a pour but de casser cette barrière : ouvrir le coffre pour en extraire le trésor. Elle rend biodisponibles des molécules qui, dans un champignon simplement cuisiné ou séché, resteraient largement inaccessibles. 


Une preuve inattendue de l’importance de l’extraction en mycothérapie


A la Villa Hélène, nous avons l’esprit scientifique… et cet esprit nous emmène parfois dans des contrées inattendues ! C’est pourtant là, dans un guano de chauve-souris, que nous avons trouvé l’illustration la plus éclatante de l’importance de l’extraction.

Guano de chauve-souris observé au microscope (x40) montrant des fragments de chitine non digérés — Villa Hélène, Beaumont-du-Lac
Guano de chauve-souris observé au microscope (x40) montrant des fragments de chitine non digérés — Villa Hélène, Beaumont-du-Lac

Comme le montre la photo de ce guano prise au microscope (grossissement x40), même la chauve souris, un mammifère spécialisé dans la consommation d’insectes depuis des millions d’années, ne digère que très mal la chitine, représentant la majeure partie de ses déjections. Peut-on en tirer des conclusions sur l’homme, et sa capacité à digérer efficacement les champignons médicinaux ?


Eau et alcool : pourquoi deux solvants sont-ils nécessaires ?


Briser la chitine n’est pas tout. Encore faut-il donner un support adéquat dans lequel dissoudre les molécules ciblées : en chimie, cela s’appelle un solvant. 

Les composés actifs des champignons se répartissent en deux grandes catégories, et chacune exige son propre solvant.


La phase aqueuse pour les bêta-glucanes


L’eau est le meilleur solvant pour extraire les polysaccharides — notamment les bêta-glucanes, ces longues chaînes de sucres complexes qui stimulent l'immunité. Le recours à la chaleur est le plus souvent nécessaire à cette étape, mais il est crucial de bien contrôler ses températures : les triterpènes sont fragiles, et une extraction trop brutale peut sectionner les polymères, et par conséquent en diminuer le poids moléculaire et le potentiel thérapeutique. 


La phase alcoolique pour les composés lipophiles


L’alcool est le solvant de choix pour les triterpènes, les stérols et d'autres composés peu ou pas solubles dans l'eau. D’autres solvants moins chers ou plus efficaces (hexane, méthanol, etc…) sont parfois utilisés, mais ils sont beaucoup moins admissibles dans un extrait : regardez bien sur l’étiquette quels solvants ont été utilisés avant d’acheter un extrait. 

Pour le reishi, par exemple, les triterpènes intéressants sont les acides ganodériques : une famille de molécules dont les propriétés anti-inflammatoires et régulatrices font l'objet de nombreuses publications. Ces composés ne passent tout simplement pas dans l'eau chaude, même après des heures de décoction.

Se limiter à l'extraction aqueuse, c'est donc renoncer délibérément à une partie du champignon. Parfois la partie la plus intéressante.


Sans double extraction…

Avec double extraction…

Une partie du champignon reste inexploitée

Les deux grandes familles de composés sont récupérées

Les triterpènes restent largement absents

Les composés liposolubles sont intégrés

L’extrait est souvent centré sur les polysaccharides

Le spectre actif est plus large, plus proche du totum du champignon

Approche plus simple industriellement

Procédé plus lent, plus exigeant

Pas d'alcool dans le produit final

L'alcool doit être évaporé intégralement

Le mot du producteur : Au labo, les deux phases n'ont vraiment rien à voir. La phase aqueuse est épaisse, lourde de polysaccharides. La phase alcoolique est visqueuse, collante de triterpènes — et c'est elle qui rend la vaisselle infernale ! Vasques, filtres, béchers : tout est laborieux à nettoyer, y compris les blouses. Ce n'est pas un détail anodin : cette viscosité gênante, c'est précisément la preuve que la matière est là, que les triterpènes ont été bien extraits. 

Pourquoi tant de producteurs se passent de la double extraction ?


Il faut le reconnaître : la double extraction est une contrainte réelle. Ce n'est pas juste "ajouter une étape". C'est un changement complet de logique de production.

Le marché tend à privilégier les polysaccharides

L'accent mis depuis des années sur les polysaccharides — parce qu'ils sont plus simples à extraire, à chiffrer, mieux compris, plus faciles à valoriser commercialement — n'a pas poussé l'industrie vers la double extraction. Quand votre argument de vente principal est le taux de bêta-glucanes affiché sur l'étiquette, pourquoi aller chercher des composés que personne ne vous demande ?


Comment se débarrasser des solvants après extraction ?


Un autre frein est plus concret : comment se débarrasser des solvants après extraction ? C'est un vrai problème technique.

Soit on ne le fait pas — et on obtient un extrait dilué, avec de l’eau et de l’alcool résiduels en quantité significative.

Soit on le fait de manière agressive, typiquement par spray drying (atomisation à haute température), ce qui transforme un extrait liquide en poudre mais soumet les composés à un stress thermique et mécanique considérable. 


Au-delà des solvants : un savoir-faire technique


Parler de "double extraction" comme s'il suffisait de laisser macérer un champignon dans l'eau puis dans l'alcool serait trompeur. Derrière le principe, il y a un ensemble de paramètres qui déterminent la qualité réelle de l'extrait :

  • la température de l'eau et la durée de décoction pour la phase aqueuse ;

  • la concentration et le type d'alcool pour la phase alcoolique ;

  • les technologies de filtration pour séparer proprement les fractions ;

Deux points en particulier ont un impact majeur sur la qualité finale du produit :


L'extraction assistée par ultrasons


Même si la macération et la décoction sont des méthodes traditionnelles d'extraction, elles ne suffisent pas toujours à atteindre les standards très élevés d'un produit de mycothérapie sérieux.

L'extraction assistée par ultrasons permet de d'accélérer considérablement le traitement de la chitine, d'améliorer la libération et la biodisponibilité des actifs, et de consommer moins de solvants.

Les ultrasons en action, ici dans de l'eau pour la visibilité. Villa Hélène 2026.

Elle demande toutefois un bon niveau de maîtrise de la part de l'opérateur : mal utilisée, cette méthode peut abîmer une partie des molécules ciblées et faire finalement plus de mal que de bien.


Quelle technologie pour concentrer l'extrait ?


C'est sur ce dernier point que les approches divergent le plus. L'évaporation rotative sous vide (rotovap) permet de concentrer l'extrait à basse température — autour de 30 °C — en préservant l'intégrité des composés thermosensibles. Couplée à la forme liquide, elle évite le passage par l'atomisation et offre, à notre sens, le meilleur compromis entre concentration et respect du totum. 


L'évaporateur rotatif permet de concentrer un extrait de champignons
L'évaporateur rotatif, ou "rotovap", de la Villa Hélène : une méthode douce pour concentrer une produit liquide.
Le mot du producteur : Le vrai problème de la distillation sous vide, c’est sa lenteur relative. Il nous faut environ une heure pour évaporer trois litres d’eau, et autant pour 5 litres d’alcool. Avec des batchs quotidiens de plusieurs dizaines de litres, on comprend que le rotovap, malgré ses qualités, est incompatible avec une logique de production industrielle.

La double extraction est-elle toujours indispensable ?


Soyons honnêtes : pour certains champignons, la double extraction semble moins pertinente sur le papier. Le shiitake, par exemple, est surtout étudié pour ses polysaccharides particuliers — le lentinane notamment — qui s'extraient très bien à l'eau.

Mais raisonner champignon par champignon, composé par composé, c'est oublier un principe central de la phytothérapie comme de la mycothérapie : l'effet d'entourage. Un extrait, ce n'est pas une molécule isolée. C'est un ensemble de composés qui interagissent, se potentialisent, se modulent. C'est ce qu'on appelle le totum — et renoncer à une fraction du champignon, c'est accepter de s'en éloigner.

Ce n'est pas un argument absolu (la pharmacologie avance aussi en isolant des molécules), mais c'est une conviction de producteur : quand on maîtrise l'extraction de bout en bout, pourquoi se priver volontairement d'une partie du spectre actif ?


Questions fréquentes sur la double extraction


La mycothérapie est une pratique millénaire : comment faisait-on avant ?

Bien avant l’apparition des technologies modernes d’extraction, les champignons médicinaux étaient principalement consommés sous forme de décoctions, de bouillons, de poudres ou de macérations alcooliques. En Chine ou au Japon, certains champignons comme le reishi étaient traditionnellement longuement bouillis afin d’en extraire les composés hydrosolubles, notamment les polysaccharides.

D’autres préparations utilisaient déjà l’alcool, parfois sans le formaliser chimiquement comme nous le faisons aujourd’hui. Les teintures alcooliques traditionnelles permettaient intuitivement d’extraire des composés différents de ceux obtenus par simple décoction.

La double extraction moderne ne constitue donc pas une rupture avec les traditions : elle cherche plutôt à comprendre scientifiquement ce que les pratiques empiriques avaient progressivement observé. La différence majeure réside dans le contrôle des paramètres : température, concentration alcoolique, durée d’extraction, filtration ou concentration finale.


Existe-t-il une double extraction sans alcool ?

Il est possible d’utiliser d’autres solvants alimentaires que l’éthanol, notamment la glycérine végétale. Certaines préparations dites “sans alcool” reposent sur des mélanges eau-glycérine capables d’extraire une partie des composés peu hydrosolubles.

Cependant, la glycérine n’a pas exactement le même pouvoir solvant que l’alcool. Certains triterpènes ou stérols y sont moins solubles, et les rendements d’extraction peuvent être différents.

A la Villa Hélène, nous procédons autrement : nous utilisons l'évaporation rotative pour distiller tout l'alcool hors du produit final. Nous bénéficions ainsi du meilleur des deux mondes : une double extraction eau-alcool, et un produit final sans alcool.


L’alcool est-il le meilleur solvant pour les triterpènes ?

Pas nécessairement. Dans les laboratoires de recherche, d’autres solvants peuvent parfois extraire certains triterpènes plus efficacement que l’éthanol : méthanol, hexane, acétone ou extraction au CO₂ supercritique, par exemple.

Mais un bon solvant de laboratoire n’est pas forcément un bon solvant pour un extrait destiné à la consommation humaine.

L’éthanol présente plusieurs avantages majeurs :

  • il est compatible avec l’alimentaire ;

  • relativement bien toléré ;

  • facile à éliminer partiellement ;

  • et capable d’extraire un spectre très large de composés.

Il constitue donc souvent le meilleur compromis entre efficacité d’extraction, sécurité, stabilité, et acceptabilité réglementaire.


Pourquoi utiliser de l’alcool pour des composés dits “liposolubles” ?


Le terme “liposoluble” peut être trompeur s’il est pris au pied de la lettre.

Beaucoup de composés qualifiés de liposolubles ne sont pas uniquement solubles dans les huiles. Leur structure chimique possède parfois des zones à la fois hydrophiles et lipophiles. L’éthanol, précisément parce qu’il possède cette polarité intermédiaire, agit comme un excellent pont entre ces deux mondes.

C’est aussi pour cette raison que les mélanges hydroalcooliques sont souvent plus performants qu’un alcool pur ou qu’une eau seule : ils permettent de solubiliser une gamme plus large de molécules simultanément.


Une simple extraction est-elle forcément mauvaise ?

Non, absolument pas. Tout dépend :

  • du champignon concerné ;

  • des molécules recherchées ;

  • du niveau de concentration attendu ;

  • et de l’objectif de l’extrait.

Certains composés, comme le lentinane du shiitake, s’extraient très bien à l’eau chaude. Dans certains cas, une extraction aqueuse correctement réalisée peut donc déjà produire un extrait pertinent.

Inversement, certains champignons comme le reishi contiennent des familles de composés très importantes peu solubles dans l’eau. Une extraction uniquement aqueuse risque alors de laisser de côté une partie significative de leur profil chimique.

Les poudres de champignons sont-elles inutiles ?

Non. Une poudre de champignon peut parfaitement avoir un intérêt nutritionnel ou culinaire, et certaines traditions utilisent depuis longtemps des champignons simplement séchés puis réduits en poudre.

Le problème apparaît surtout lorsqu’on cherche un effet thérapeutique ciblé ou une concentration élevée en composés actifs. Dans un champignon brut, une partie importante des molécules reste enfermée derrière la chitine, une structure très résistante que notre système digestif dégrade imparfaitement.

Cela ne signifie pas qu’une poudre “ne fonctionne pas”, mais plutôt que :

  • les concentrations réellement assimilées seront plus faibles ;

  • les résultats sont souvent moins reproductibles ;

  • et une partie des composés reste inaccessible.



Commentaires


bottom of page