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Shiitake et papillomavirus (HPV) : que dit vraiment la recherche ?

  • 31 août 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 juil.

Résumé rapide

Le papillomavirus humain (HPV) touche la quasi-totalité des adultes au cours de leur vie. Il peut rester latent des années avant d'évoluer, potentiellement, vers des pathologies graves.

Le shiitake, champignon aux propriétés immunitaires documentées, fait l'objet de recherches récentes sur ce terrain : un premier essai clinique, sur un extrait fermenté spécifique, a montré des résultats encourageants, que nous détaillons — avec leurs limites — ci-dessous.

Attention : Aucun complément alimentaire n’a démontré à ce jour une efficacité certaine permettant de “guérir” le HPV. Cet article vise à présenter honnêtement l’état actuel des recherches et leurs limites.


Bloc de culture de champignon Shiitake frais, cultivé artisanalement à la Villa Hélène en France, mycothérapie et extraits médicinaux
Culture de shiitake bio à la Villa Hélène

Le papillomavirus (HPV) : un virus très courant, souvent silencieux


Le HPV (Human Papillomavirus) est une infection sexuellement transmissible extrêmement répandue : la quasi-totalité des personnes sexuellement actives y seront exposées à un moment de leur vie, le plus souvent sans aucun symptôme.


Les deux visages du HPV. 

Dans environ 90 % des cas, l'organisme élimine le virus naturellement en un à deux ans. Mais lorsque l'infection par un HPV à haut risque persiste, elle peut être à l'origine de lésions précancéreuses, de verrues génitales (condylomes) et, à terme, de certains cancers.


Le HPV en France : chiffres clés

Indicateur

Donnée (sources 2024-2025)

Exposition au cours de la vie

La quasi-totalité des personnes sexuellement actives

Élimination spontanée

~90 % des infections disparaissent seules en 1 à 2 ans

Cancer du col de l'utérus

Un peu plus de 3 100 nouveaux cas/an et ~1 100 décès/an

Autres cancers liés au HPV

Anus : ~1 500 cas/an · Sphère ORL : ~1 500 cas/an (+ vulve, vagin, pénis)

Total des cancers HPV-induits

~8 000 cas/an en France

Couverture vaccinale (filles, 15 ans, ≥1 dose)

~54,6 % en 2023 — en progression mais encore insuffisante

Sources : Santé publique France (2024-2025), Bulletin épidémiologique hebdomadaire. Chiffres à revérifier périodiquement, ils évoluent.


Les limites de la vaccination. 


Recommandé et remboursé depuis 2007 pour les filles, étendu aux garçons en 2021, proposé au collège depuis la rentrée 2023, le vaccin protège contre environ 90 % des cancers du col de l'utérus. Mais il n'élimine pas un virus déjà présent dans l'organisme, n'aide pas les adultes déjà porteurs, et la couverture reste partielle. D'où l'intérêt de la recherche pour des approches complémentaires de soutien immunitaire — à condition d'en parler avec honnêteté.

Le HPV concerne aussi les hommes. Vecteurs majeurs du virus, souvent sans symptômes, les hommes développent eux aussi des condylomes et, plus rarement, des cancers liés au HPV (anus, pénis, oropharynx). Les cancers ORL liés au HPV sont d'ailleurs en augmentation, particulièrement chez les hommes.

À noter : à ce jour, aucun antiviral spécifique du HPV n'existe dans l'arsenal pharmaceutique. La prise en charge repose sur le dépistage, la surveillance et le traitement des lésions.

Le shiitake, un champignon aux propriétés immunitaires documentées


Le shiitake (Lentinula edodes) est bien plus qu'un champignon de cuisine. En Asie, il est utilisé depuis des siècles en médecine traditionnelle, notamment pour soutenir le terrain immunitaire. Sa richesse en bêta-glucanes — en particulier le lentinane — a fait l'objet de nombreux travaux sur ses propriétés immunomodulatrices.

(Pour approfondir : voir notre article sur les champignons et l'immunité.)


En 2022, une équipe de l'University of Texas (Dr Judith A. Smith) a publié un essai randomisé en double aveugle contre placebo.

Point essentiel : cet essai n'a pas testé « le shiitake », mais un produit précis — un extrait de mycélium de shiitake fermenté, breveté par un laboratoire japonais, administré en poudre à 3 g/jour pendant 6 mois. Sur 41 patientes porteuses d'un HPV persistant, une clairance du virus a été observée chez environ 59 % du groupe traité, contre nettement moins sous placebo.


Les auteurs d'un commentaire critique publié la même année (Farasatinasab et al.) ont souligné la petite taille de l'échantillon, et appellent à confirmer ces résutats prometteurs par de nouvelles études.


Qualité d'un extrait de shiitake : les critères qui comptent


Indépendamment de toute question de santé, la forme du shiitake détermine la disponibilité de ses composés :

Forme

Biodisponibilité des composés

Shiitake frais

Excellent aliment, mais bêta-glucanes peu biodisponibles

Poudre de shiitake séché

Chitine intacte : composés en grande partie inaccessibles

Gélules d'extrait

Meilleur apport, mais certains séchages industriels sont agressifs

Double extraction (liquide)

Douce, préserve les molécules fragiles, rapidement assimilable — si l'extrait est bien concentré

(Pour approfondir : voir notre article « gélules ou forme liquide ? ».)


Le mot du producteur : Le shiitake a une longue histoire médicinale en Asie, bien antérieure à son usage culinaire — une histoire que l'Occident a largement oubliée, et commence peu à peu à redécouvrir.

Conclusion


Le shiitake est un champignon aux propriétés immunitaires réelles et documentées. Mais concernant le HPV spécifiquement, l'état de la preuve tient en une ligne : un seul essai, sur un produit particulier, sur un petit effectif, à confirmer.

Il serait malhonnête d'en conclure pour de bon qu'un extrait de shiitake « élimine le HPV ». Ce que l'on peut dire, c'est que le soutien du terrain immunitaire est une piste sérieuse que la recherche explore, et que les premières études sont prometteuses.

Dans tous les cas, le dépistage régulier et la vaccination restent la base : mieux vaut prévenir que guérir.


FAQ – Shiitake, immunité et HPV


Le shiitake permet-il d'éliminer le HPV ? Aucune étude ne l'a démontré pour un extrait de shiitake classique. Le seul essai clinique existant (2022) portait sur un produit différent et breveté — un mycélium de shiitake fermenté — sur un petit effectif, avec des résultats préliminaires à confirmer. Le shiitake soutient le terrain immunitaire de façon générale, mais il ne faut pas en conclure qu'il traite le HPV. Dépistage, vaccination et suivi médical restent indispensables.


Le produit testé dans l'étude est-il le même qu'un extrait de shiitake classique ? Non. L'étude de 2022 portait sur un extrait de mycélium de shiitake fermenté, breveté, riche en α-glucanes de bas poids moléculaire. Un extrait classique de shiitake (carpophore, double extraction) a une composition différente et n'a pas fait l'objet du même essai. Les résultats de l'un ne sont donc pas transposables à l'autre.


Pourquoi privilégier un shiitake bio et cultivé en France ? Pour la traçabilité, l'absence de résidus, la fraîcheur avant extraction et la transparence sur les procédés. Ce sont des critères de qualité de l'extrait, indépendants de toute revendication de santé.


Pourquoi le shiitake frais a-t-il peu d'effet sur l'immunité ? Ses composés d'intérêt (bêta-glucanes, lentinane) sont piégés dans la chitine, peu digestible. Sans extraction, ils restent peu biodisponibles. C'est une question de biodisponibilité, pas une allégation d'efficacité contre une maladie.


Le shiitake se marie-t-il bien avec d'autres champignons ? Le shiitake et le reishi sont souvent étudiés ensemble pour leurs profils immunitaires complémentaires. Cela relève de la logique d'usage général en mycothérapie, toujours en complément — jamais en remplacement — d'un suivi médical.


Références & sources

  • Smith JA, Gaikwad AA, Mathew L, et al. « AHCC® Supplementation to Support Immune Function to Clear Persistent Human Papillomavirus Infections. » Frontiers in Oncology, 12:881902, 2022. → doi.org/10.3389/fonc.2022.881902

  • Farasatinasab M, et al. « Could Active Hexose Correlated Compound Currently Be an Appropriate Choice to Clear Human Papillomavirus Infection? » The Journal of Clinical Pharmacology, 2022. → doi.org/10.1002/jcph.2118

  • Zhang Y, et al. « Lentinan as an immunotherapeutic for treating lung cancer: a review of 12 years clinical studies in China. » J Cancer Res Clin Oncol, 2018. → pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30043277

  • De Marco Castro E, Calder PC, Roche HM. « β-1,3/1,6-Glucans and Immunity: State of the Art and Future Directions. » Mol Nutr Food Res, 2021. → doi.org/10.1002/mnfr.201901071

  • Santé publique France — Infections à papillomavirus, données épidémiologiques. → santepubliquefrance.fr


A propos de l'auteur


Paul de Vulpian est le fondateur de la Villa Hélène, où il cultive, transforme et extrait des champignons médicinaux biologiques en France.

Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé et docteur, il a enseigné à l'université et en classes préparatoires scientifiques avant de mettre cette formation au service de l'analyse de la littérature scientifique sur les champignons médicinaux.

Il transmet aujourd'hui par des webinaires et des formations professionnelles en mycologie, myciculture et mycothérapie.


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